
Quand Marcel Nède conçut les plans de Calidon, la première chose à laquelle il pensa fut le Petit Square Roulant ; il imaginait dans sa ville un endroit où les gens pourraient se retrouver pour faire la fête et se reposer à toute heure de la journée et du week-end. C’était au début des années 1950, les premier⸳es habitant⸳es de Calidon étaient les ouvriers et les artisans qui participaient à la construction de la ville. Les premières photos montrent le Petit Square roulant qui zigzague entre les tas de gravats. Toute la journée, pendant que leurs parents travaillaient, les enfants restaient sur le Square qui roulait sur tous les types de sols ; à l’époque, il n’y avait que des terrains calcaires désertiques poussés sur des gruyères marécageux, mais le Square symbolisait le bonheur d’une ville où l’on se sentait déjà chez soi.
L’inauguration de Calidon, au Petit Square roulant marqua l’entrée de la ville dans une grande période de festivités. Chaque mois, les familles qui arrivaient dans la ville étaient invitées à parader sur le Petit Square qui faisaient le tour des quartiers où elles étaient accueillies chaleureusement.
On ne s’interrogeait pas sur la nature du Petit Square, sur ce qui lui permettait de rouler. Son socle était fait de terre et de pierres et il tenait sur des grandes roues d’un bleu électrique encore plus brillant que celui du goudron des routes des Calidon. Il n’y avait pas de carburant dans son réservoir, les roues parfois rentraient dans la terre, quand cela semblait plus simple pour y circuler et elles y creusaient un sillon ; c’est comme ça que parfois le Petit Square quittait la ville pour aller faire une tournée dans les villages alentours.
Historiquement, le Petit Square Roulant était doté d’une cabine de conducteurice, d’un toboggan et de jeux pour enfants ; suivant les époques y furent rajouté un terrain de pétanque, des filets pour jouer au football, une cabane à livres et outils, une piste de courses en sac, des stands de crêpes que des étudiant⸳es de l’université venaient vendre pour financer leurs voyages de fin d’études, des sculptures en ballons de baudruches ou des abris pour les chats errants. Il y avait bien sûr plusieurs plates-bandes fleuries et des grands arbres dont les racines s’étendaient dans le socle pour le solidifier et le maintenir à plat. Quand les fêtes arrivaient et qu’on avait besoin de plus de place, on allongeait sur plusieurs dizaines de mètres la surface du Square.
C’est ainsi que le Petit Square Roulant devint l’emblème de Calidon et la plus populaire de ses Sept Merveilles. On disait que c’était l’œuvre la plus utile de Marcel Nède qui s’était plus tard perdu dans des expérimentations architecturales prétentieuses et plus voués à lui apporter à la gloire qu’à faire de Calidon une ville agréable pour ses habitant⸳es.
Malheureusement l’apparente simplicité de son fonctionnement ne sauva pas le Petit Square roulant. À la mort du maître, il cessa de rouler car personne hormis lui ne savait quel mécanisme le faisait se déplacer. On tenta bien de lui donner de l’essence mais il toussait et cela coûtait cher. La commune réduisit ses sorties aux week-ends, puis aux soirées festives, puis à rien. Le Petit Square roulant est aujourd’hui placé au centre du Carré et il n’y a guère que quelques chats de gouttières qui viennent y chasser les souris.

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